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Filières TIC et Santé : destins croisés

Les Sciences et Technologies de l'Information et de la Communication (STIC) ont pris une place grandissante au cœur de la société en faisant naître et émerger de nouvelles formes relationnelles et de nouveaux modes de production.

L'ère industrielle a supplanté l'ère agricole. Elle s'est épanouie avec le son , puis avec l'image. Celle de l'écran et des réseaux bouleverse désormais les notions parfois "figées" de la connaissance, mais aiguise d'autant plus l'esprit que la richesse de la palette informationnelle est variée.

 

L'Internet et le Web sont devenus une expression planétaire qui tend à promouvoir les multiples facettes de la mondialisation culturelle. L'information se déverse en tous lieux, mais arrive aussi à temps. Les grands systèmes de référence semblent perdre de leur cohérence, puisque l'unité de temps se substitue à l'unité d'espace, alors que l'éloignement se contracte dans la proximité. Il est alors loisible de s'instruire, de s'informer, de se distraire , voire parfois d'acquérir de l'aide sous forme de consultation, dans un contexte favorisant décloisonnement des savoirs et rapprochement des compétences.

 

Le domaine de la santé n'a pas échappé à l'assaut de cette vague technologique. Tous les secteurs sont touchés et les différentes actions qui s'y déploient se déclinent globalement au niveau des soins dispensés aux patients, de la prévention imposée à la population, ainsi qu'aux services dévolus aux personnes dépendantes en raison de la maladie, d'un handicap (congénital ou acquis) ou de l'âge.

 

En raison de leur accent fortement teinté de pluridisciplinarité, les technologies pour la santé font appel à divers moyens d'expression de la science comme l'informatique, l'imagerie et le traitement du signal, la robotique, la chirurgie de pointe, mais aussi les liaisons à haut débit ainsi que la réalité virtuelle.

Chacun garde en mémoire l'Opération "Lindbergh", fortement relayée par les médias et présentée comme une prouesse médicale et technologique liant chirurgie non invasive, télécommunication à haut débit et robotique chirurgicale de pointe. Baptisée ainsi en hommage à Charles Lindbergh qui réalisa la première traversée aérienne de New-York à Paris, l'opération télé-chirurgicale fut réalisée par un chirurgien résidant à New-York sur une patiente hospitalisée à Strasbourg.

 

Au delà de leur utilisation en télé-chirurgie, les liaisons à haut débit ouvrent la porte à tout un éventail d'applications dans le secteur de la santé. L'une des plus prometteuses est le partage du dossier médical d'un patient en temps réel, avec son imagerie reconstruite en 3-D, et la possibilité d'interagir à plusieurs afin de décider de la meilleure stratégie opératoire à adopter.

 

Enfin, la médico-vigilance à domicile devrait connaître un fort développement en raison d'une demande pressante visant à favoriser le maintien ou le retour à leur domicile de personnes en perte d'autonomie ou à risque. La télémédecine tend à s'orienter vers la mise en œuvre de systèmes matériel-logiciel contribuant à la médiation entre la personne "surveillée" et un ensemble de personnels "ressources" distribués en périphérie. Outre les multiples aspects sécuritaires intégrant l'apprentissage du comportement ou les habitudes de la personne, les algorithmes pourraient inclure toute une série de fonctions dédiées à la gestion du dossier médical.

 

Dans le contexte de la médecine de pointe, les STIC offrent de nouvelles voies tendant à potentialiser le progrès lié au diagnostic, à la thérapeutique ainsi qu'à l'information dans ses multiples aspects. Les recherches menées dans ces différents secteurs doivent concourir à l'émergence de concepts innovants, tout en favorisant des sauts technologiques importants.

 

Au cœur de cette évolution, le chercheur doit cependant s'interroger, sinon se positionner. Le problème actuel déborde du technique. Il revêt une dimension humaine, puisque lié à une forme d'acceptation et même de formation à ces nouvelles technologies. Faut-il alors lier l'essor des STIC à l'ETHIQUE ? Le débat est ouvert.

 

 

Jean-Pierre L'Huillier

LPMI (Laboratoire Procédés-Matériaux-Instrumentation), ENSAM

Tél : 02 41 20 73 85

jean-pierre.lhuillier@angers.ensam.fr