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Les Technologies et moi ... (par Alan Stivell)

A 7-8 ans, j'étais déjà fasciné par les technologies "du futur", avant même de l'être par la civilisation celte. Après mes débuts à la harpe, j'ai cherché comment marier ces deux idées apparemment antinomiques : la musique celtique et le "futurisme". Beaucoup confondaient la ligne horizontale de l'espace avec la ligne verticale du temps ; c'était pourtant absurde de rattacher un point de l'espace, la Bretagne, à un point du temps, le passé.

Jai été conquis en entendant pour la première fois des guitares électriques (1957-58) ; les Shadows m'ont ensuite convaincu de les utiliser et m'ont ainsi ouvert à tout nouvel instrument.

En 1964, j'ai commencé à transformer électroniquement (fazing, flanger, etc.) les sons naturels de ma première harpe à cordes métalliques (dite " bardique ").

Puis j'ai progressivement intégré les nouveaux instruments (claviers, moogs, etc.).

En 1979, dans ma Symphonie celtique, en plus de la fusion culturelle, j'ai  commencé à intégrer les premiers loops et samples et j'ai fait réaliser un 1er prototype de harpe électrique.

L'arrivée du système "midi" m'a incité à essayer de l'appliquer pour la harpe et, aussi, à me servir davantage des séquences rythmiques.

A partir de 1985, j'ai commencé mon initiation et mes recherches en MAO, et les ai appliquées dans la préparation et la production du disque "The Mist of Avalon" (paru en 1991) avec quelques influences "techno".

Depuis, de façon naturelle, je n'ai jamais cessé d'utiliser l'informatique pour les albums suivants.

L'informatique musicale, en dehors, de son attirance naturelle, a un certain nombre d'atouts (sans qu'un gain de temps ne soit encore prouvé). Mais expérimenter en temps réel de nouveaux types d'arrangements,  essayer de nouvelles rythmiques a été un nouvel espace de liberté inattendu et paradoxal. Je trouve fascinant de pouvoir improviser et enregistrer en numérique un clavier ou une harpe, donner libre cours à ma spontanéité et utiliser ce travail presque en l'état dans le produit fini.

Les micros permettaient déjà de mélanger des sons et des instruments improbables ; l'ordinateur et l'enregistrement numérique accentuent cela, permettant des musiques qu'aucun humain ne pourrait jouer, sans empêcher le musicien d'exprimer (pour longtemps encore) sa sensibilité, son charme, sa fragilité.

Aujourd'hui, je rêve du "midi" pour la voix, respectant parfaitement glissendi et micro-intervalles, et aussi, pour les retours de scène, du bon compromis entre casque fermé, casque ouvert et HPs. Et, surtout, d'arriver à des conditions aussi bonnes (pour le musicien et le public) que le concert purement acoustique, à la Hi-Fi en musique amplifiée.

J'ai toujours beaucoup rêvé…

 

Alan Stivell

www.alan-stivell.com

Agent : info@futur-acoustic.fr